Plus qu’une carrière, une vocation… Portrait d’une âme altruiste reconvertie dans l’accueil de seniors à domicile.
Les trois maisons du hameau s’élèvent au milieu de la campagne bâgésienne. Dans l’une d’elles sont installés Sabah, son mari Thierry et les trois « accueillis » Catherine, Madeleine et René, respectivement 86, 93 et 97 ans. Un ménage pas comme les autres, les hôtes assurant à domicile l’accompagnement de personnes âgées et la gestion de leurs besoins au quotidien. Sabah accueillait cet été sa première pensionnaire : Catherine, Madeleine cette rentrée puis René, seul homme parmi ces dames, à vivre et couler ici des jours heureux. Chacun vaque à ses occupations tantôt dans la chambre en rez-de-jardin ou dans l’espace commun : la cuisine, le salon, le jardin, au gré des temps calmes, visites médicales, courses et autres activités… Avec la garantie d’être toujours sous l’œil bienveillant de Sabah, présente sur place, ou son mari à la retraite pour pallier temporairement, 7 j/7 et 24 h/24. « On va à leur rythme. » Et c’est précisément la raison qui l’a fait quitter le circuit traditionnel des institutions – pour personnes handicapées notamment – au sein desquelles elle a longtemps travaillé. Pour davantage de présence à leurs côtés, et davantage d’humanité. Pour une rupture franche aussi avec un système dont elle sait et continue de dénoncer les dysfonctionnements. À plusieurs années encore de prendre sa retraite, usée par le rouleau compresseur du médicosocial mais résolue à aider autrui, comme elle et les siens le font depuis toujours, Sabah a souhaité s’impliquer auprès des personnes âgées… Ravie de pouvoir accompagner l’avancée en âge sans rogner sur son éthique ni précipiter les soins à ses protégés, tel qu’expérimenté par le passé.
Vie en communauté
Partie de sa maison à Saint-Georges-de-Reneins, suivie dans l’aventure par son mari Thierry, Sabah a rejoint le réseau Mon Senior et intégré l’un des logements du hameau de Bâgé-la-Ville. Le couple est installé à l’étage, dont il restreint l’accès – pour d’évidentes raisons de sécurité, d’intimité aussi – tandis que les accueillis disposent chacun d’un espace privatif, avec douche attenante, au rez-de-chaussée. « Ils prennent leur repas avec nous midi et soir. » Des moments à table comme autant d’occasions d’échanger et d’en appeler à la mémoire des convives, sur les activités de la journée. Sans compter les après-midi passés à faire le jardin, les câlins au petit chat, les balades jusqu’à l’église ou la préparation de l’apéro du vendredi. De quoi offrir un cadre réconfortant aux papy et mamies qui trouvent auprès de Sabah la présence, la patience, la prévenance… dont ils pourraient manquer par ailleurs – chez eux ou en institution – par manque de lien social, de temps ou de moyens. Ici, les accueillis s’insèrent dans la vie de la famille, et elle dans la vie de ses accueillis… Une frontière gommée entre les sphères privée et professionnelle valant la pleine reconnaissance des familles qui choisissent de confier leur proche à Sabah dont l’expérience et l’engagement les rassurent. « Ils n’ont plus de filtres« , observe-t-elle, habile dans ses échanges avec les pensionnaires au gré des humeurs de l’un ou l’autre. Chaque réaction est spontanée mais mesurée, toujours juste ; pour tantôt canaliser l’excitation, évacuer les angoisses ou recadrer d’éventuels débordements. « Je fais ce que j’ai toujours voulu faire ! » assure Sabah, à qui l’on a remis l’agrément pour officier comme accueillante familiale à domicile ; Catherine, Madeleine et René profitant dans le hameau bâgésien d’un encadrement à taille humaine, stimulant et sécurisant, avec le respect et la dignité que cela suppose. Un environnement rêvé pour les accueillis comme leur famille, heureux de disposer enfin d’une alternative au placement en institution. Le cœur est moins lourd et les journées infiniment plus belles.