Fin décembre, l’église de Clessé a pris des allures de mikado géant. L’édifice vieux de mille ans (il est daté de 1090) a été entouré d’un entrelacs moderne de tubes métalliques. Le clocher a été notamment cerné par huit passerelles, espacées de deux mètres l’une de l’autre. Tout cet attirail est solidement arrimé dans les murs. Guillaume Bois, technicien en chef des Échafaudages Everest à Chalon-sur- Saône, rassure : « Les ancrages ont été fixés dans le mortier des joints, pas dans les pierres. Et nous avons évidemment fait des notes de calcul pour les descentes de charges sur chaque poteau ! »
La deuxième phase des travaux
L’imposant échafaudage de 17 tonnes, permet désormais de monter et se déplacer jusqu’à 26 mètres de haut. Le maire Jean-Pierre Chervier sourit :
« De là-haut, on a un superbe point de vue. On voit jusqu’à Charbonnières ! » Mais l’ensemble n’a pas vocation à devenir une attraction touristique. Il s’agit de la partie visible de la deuxième phase de rénovation de Notre-Dame de l’Assomption. Cette tranche de travaux est destinée à réhabiliter le clocher, classé monument historique en 1930.
Un clocher en péril
Ce clocher, surélevé et devenu pointu au milieu du XVIIIe siècle, a subi l’épreuve du temps. Les tuiles vernissées, apparues en 1877, se sont ternies ou cassées. Surtout, la charpente s’est mise à vriller.
Certaines poutres ont aussi été abîmées par les infiltrations d’eau. Plusieurs pierres (d’origine locale puisque la commune a compté jusqu’à trois carrières) se sont effritées sous l’effet du gel.
Le diagnostic de la Direction régionale des affaires culturelles a été implacable. Le chantier ne pouvait plus attendre. Fin 2020, c’était donc parti pour 145 000 euros et cinq mois de travaux. Après la tranche qui avait vu la restauration du chevet, et avant celle consacrée à la rénovation de la tourelle du transept. Le maire avoue peu de sentiment religieux, mais il justifie : « La préservation de notre patrimoine, surtout pour une commune labellisée Cité de Caractère, c’est important pour nos villages ! Et nous bénéficions de subventions. Nous allons aussi lancer une souscription ! »
Le secret du coq
Dans un premier temps, des croix de Saint-André ont été placées dans les murs pour arrêter leur torsion. Les bois de charpente et les tuiles ont été récupérés dans un premier temps. Le coq, lui aussi classé objet historique, a été amené. Il devrait livrer son secret prochainement. Car en 1938, le coq médiéval avait cédé la place à un nouveau gallinacé et Émile Viollet, historien local, avait alors introduit à son intérieur un cylindre contenant un message, resté inconnu.
La consolidation achevée, la toiture sera alors refaite à l’identique, avec des tuiles plates et vernissées. Les couleurs seront identiques, mais en plus vives, avec les mêmes dessins en losange. Ces tuiles proviennent des ateliers Blache, installés à Loire-sur-Rhône et derniers en France à posséder ce savoir-faire ancestral. Avant Clessé, la tuilerie a notamment fourni, entre autres, des clients prestigieux comme les Hospices de Beaune ou le monastère royal de Brou !
