Sapeur-pompier. Un engagement, une vocation, une profession parfois, qui réunit hommes et femmes autour d’une mission principale : porter secours. Portrait d’une corporation et de ses enjeux.
« Pourquoi pas vous ? »
Un quart de million. C’est, en France, le nombre de sapeurs-pompiers – professionnels et volontaires – mobilisés au quotidien pour porter secours et assistance aux populations et sauvegarder les biens et l’environnement. « Notre coeur de métier, c’est la distribution de secours », constate le lieutenant-colonel Philippe Demousseau. Loin de l’image d’Épinal, avec des pompiers partant systématiquement au feu, ceux de Saône-et-Loire, comme d’ailleurs à l’échelle nationale, sont sollicités dans une large majorité pour du secours à personne. « La désertification médicale, autrement dit la difficulté d’accès aux soins, ajoutée au phénomène de vieillissement démographique, a fait bondir le nombre d’interventions. » Avec un effectif stable, mais davantage de sollicitations, les sapeurs-pompiers ont dû revoir leurs conditions de départ pour assurer en priorité les urgences vitales tout en conservant un vivier d’agents disponibles sur le secteur. Tout l’enjeu pour les centres de secours étant de disposer d’assez d’hommes à envoyer à toute heure du jour et de la nuit… Si les nuits et week-ends sont correctement pourvus, les journées sont elles un peu plus dégarnies. « Nos sapeurs-pompiers volontaires sont salariés par ailleurs. À partir de 5 h, on note une forte baisse pour un retour à la normale vers 17 h. Ça suit le rythme d’une journée de travail classique. » Pour pallier la défection des volontaires et assurer à l’ensemble de ses casernes une veille opérationnelle jusqu’en soirée, le SDIS de Saône-et-Loire a négocié avec les employeurs et obtenu qu’ils libèrent leurs salariés – fonctionnaires ou du privé – pour des interventions. « Quelque 200 employeurs s’y sont engagés pour près de 500 sapeurs-pompiers volontaires conventionnés. » De quoi répondre présent sur le terrain dans un délai raisonnable, sans devoir recourir à l’effectif de casernes plus lointaines pour compléter l’équipage au départ.
Au-delà des préjugés
L’autre gros enjeu pour le SDIS 71, c’est la quête, symptomatique de la génération Y – plus encore de la nouvelle – d’un équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle… ou engagements divers. « C’est un argument qui revient constamment », observe Hélène Botti à la communication. Pourtant, les sapeurs-pompiers volontaires gèrent leur temps selon leurs disponibilités. « L’outil permet d’ajuster à la demi-heure près. » Charge à chacun, donc, d’organiser ses créneaux comme bon lui semble. Si le volontariat est encore – et à tort ! – perçu comme sacrificiel, il fait aussi l’objet de nombreux préjugés, donc freins au recrutement de forces vives… Aussi le SDIS a-t-il élaboré une campagne visant à les balayer un par un. Réservé aux hommes, aux jeunes, tantôt trop dur ou trop physique : à chaque argument son lot de contre-arguments. « C’est accessible à tous. » Le lieutenant-colonel Demousseau d’inviter quiconque veut s’engager à venir frapper à la porte et voir de lui-même. « L’immersion dure de deux à cinq mois et permet de se faire une idée plus précise de ce que veut dire : être pompier. » Dans la dimension opérationnelle, avec la participation aux manoeuvres ; comme psychologique, avec l’accompagnement par un tuteur. La découverte permet aux candidats de comprendre aussi leurs propres motivations : celles de participer activement à la vie de sa commune, de porter secours, indépendamment ou non de la reconnaissance des tiers, ou de rejoindre un corps régi par une hiérarchie et un ordre stricts. Profils – correspondant respectivement à ceux du villageois, du secouriste, du héros et du militaire – dont la somme constitue le parfait sapeur-pompier volontaire. « Même si la motivation première doit être celle de s’engager pour autrui. »
Grande famille
« La valeur n’attend pas le nombre des années. » Au SDIS de Saône-et-Loire elle en attend au moins 11 avant de mener les jeunes gens aux portes des casernes… « Il y a le camion rouge, qui émerveille dès l’enfance ! On a aussi une bonne cote de popularité, avec souvent des valeurs au corps qui recoupent celles dispensées à la maison. Sans compter bien sûr, les foyers où être pompier relève de la tradition familiale. » Au-delà de la compétence technique, acquise au fil des manoeuvres du mercredi après-midi et du samedi matin, le jeune sapeur-pompier développe son savoir-être. « Il apprend la rigueur, de par le port d’un uniforme et le respect des ordres, le travail en équipe, le dépassement de soi… » Autant d’atouts pour l’avenir, au sein d’une caserne comme dans la société civile. Le JSP suit quatre modules permettant l’acquisition de savoirs théoriques et pratiques le dispensant d’une formation à reprendre complètement s’il souhaite poursuivre, à ses 16 ans, comme sapeur-pompier volontaire. C’est le cas pour 70 % d’entre eux, le gros des défections étant dû à la poursuite d’études sur d’autres territoires. À partir de 16 ans, donc, le SPV à jour des formations peut partir en intervention, goûter à l’adrénaline et, qui sait, en faire le moteur de toute une carrière… « Un pompier qui ne part pas en intervention est un pompier frustré, assure le lieutenant-colonel après plus de 40 ans sur le terrain. C’est à chaque fois un nouveau défi à relever. » À condition, bien sûr, de pouvoir compter sur le soutien moral de l’équipe. Si l’après est pris en charge par une unité spécialisée, l’avant est aussi dûment préparé. Notamment grâce à des mises en situation réelles. Avec le bip, le ticket, la victime figurante… De façon à toujours garder son sang-froid et remplir sa mission.
Passer pro
Le sapeur-pompier volontaire est formé successivement aux secours à personne – après quoi il obtient le galon de 1re classe -, opérations diverses et incendie. Libre à lui, une fois devenu caporal, de se former plus avant pour accéder aux grades supérieurs : soit sous-officier, puis officier. « Il faut ici une certaine appétence pour le management. » Le sapeur-pompier professionnel fait, lui, le choix de devenir fonctionnaire territorial et accède à la fonction par concours. Quant aux spécialités – risques chimiques, cynotechnique, plongeurs ou SMPM (secours en millieu périlleux, anciennement Grimp) pour les plus courantes -, elles permettent aux pompiers d’être opérationnels sur des sorties qualifiées et de grossir les rangs des casernes identifiées par le Sdacr (Schéma d’analyse et de couverture des risques) pour faire face à tel ou tel type de risque. Professionnels ou volontaires, les sapeurs-pompiers poursuivent le même objectif : celui de répondre présent. « Mais il n’y a que peu de pompiers qui le sont seulement pour les interventions… » Et c’est là tout le sens de leur engagement, de quelque nature qu’il soit. Faire corps, trouver une seconde famille et partager avec elle les bons, comme les mauvais moments. « La caserne est un centre de vie. » Être pompier, une belle aventure.
Le SDIS 71 en chiffres
• 2903 sapeurs-pompiers et agents (1865 volontaires, 357 professionnels, 592 dans les corps communaux et 89 personnels administratifs et techniques)
• 60 casernes
• Une intervention toutes les 15 minutes
• Plus de 34 000 interventions en 2023