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Kad Merad : « Je ne suis pas un mondain »

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En plein tournage de la saison 4 de Baron noir, le comédien et humoriste aborde ses liens avec sa région d’adoption : la Bourgogne, avant de venir s’y produire aux côtés de Michèle Laroque dans l’Âge bête.

Vous sentez-vous davantage parisien ou bourguignon ?
J’ai cette chance de pouvoir travailler à Paris tout en profitant de la Saône-et-Loire, qui me plaît beaucoup. L’avantage de cette tournée avec Michèle, c’est que l’on va faire le tour de toute la France, on en avait très envie. Et bien sûr, passer par Mâcon, ça veut dire que je vais rentrer chez moi le soir ! Je ne vais pas aller à l’hôtel, pour une fois… Je jouerai à domicile.

Les déplacements à Paris sont-ils constants, parvenez-vous à revenir ici régulièrement ?
C’est très aléatoire. En ce moment, je suis en tournage pour Baron noir. Ça se passe essentiellement à Paris. Dès que j’ai deux jours de break, je vais partir. Il y a 1 h 18 de TGV… merci la SNCF et merci Le Creusot ! Je ne suis pas loin : je peux vite dégager et vite revenir, c’est un avantage. C’est aussi pour cette raison que l’on a choisi cet endroit : on était à la fois très loin de Paris… et en même temps tout près. Je n’avais pas envie de prendre la voiture ; j’aime le train. Quand ils sont à l’heure.

Qu’êtes-vous venu chercher ici que vous ne trouviez pas à Paris ? Le bon vin ?
Plusieurs choses. Déjà, je suis un épicurien. En termes de belles tables, de beaux vignobles, on est très gâtés. Je suis venu chercher aussi une simplicité. C’est très agricole, il y a beaucoup d’élevage dans le Charolais. J’y trouve ce que j’aime : les grands espaces. Le fait de pouvoir me reposer sans être dérangé.

Votre maison est un refuge pour vous ; c’en est un aussi pour les animaux…
Ce sera. Je suis en train de préparer l’arrivée d’animaux. Pour l’instant, j’ai des vaches en pension qui viennent manger mon herbe. J’ai l’intention d’exploiter la surface, mais je prends mon temps. Je prends beaucoup d’informations auprès de mes voisins, je ne veux pas risquer de faire n’importe quoi. Je suis acteur, avec comme deuxième activité, exploitant agricole. Ça veut tout dire. Il faut réussir à mêler sa passion et le cahier des charges. Cette passion, je l’ai depuis petit, quand je vivais dans la Loire. Notre grand plaisir, avec mes frères et ma soeur, c’était d’aller à la ferme, chez nos amis, de conduire les vaches au pré, et d’aller les chercher le soir, quand le soleil commence à se coucher. Ça m’a marqué, j’ai eu envie de le vivre à nouveau. Je fais en sorte que ce rêve devienne réalité.

Consommez-vous la culture près de chez vous ou plutôt dans les grandes villes ?
Je ne suis pas loin de Montceau-les-Mines. C’est une ville très attachante, au passé ouvrier. Il y a tout un univers industriel bien conservé. Ça me plaît de visiter ce genre d’endroit. Au Creusot, aussi. J’essaie de m’intéresser à la région. Il y a une vie culturelle en province, plus qu’on ne l’imagine. À Chalon-sur-Saône, Mâcon… c’est vivant ! Je sors plus facilement en province qu’à Paris. Là-bas on a accès à toute la culture, mais j’en ai fait le tour. Maintenant, je me tourne vers la région dans laquelle je suis. Il y a un cinéma qui vient de se construire à Montceau-les-Mines, j’ai hâte d’y organiser bientôt une soirée avec projection, rencontre : j’ai envie d’aller au contact des gens.

Quel est le dernier livre que vous ayez lu ?
C’est le livre d’une fille de la région : Valérie Perrin, Changer l’eau des fleurs. C’est une amie, qui m’a beaucoup accompagné sur l’idée d’avoir des animaux. J’aime beaucoup sa littérature.

Côté cuisine, vous êtes plus…
Attention ! Je suis un spécialiste !

…plutôt gaufrette ou Idéal mâconnais ?
Plutôt gaufrette. Désolé pour les autres !

Escargots ou viande charolaise ?
Oh c’est difficile ! J’ai mangé des escargots il n’y a pas longtemps, une très belle entrecôte il n’y a pas longtemps non plus. J’aime les deux, voilà.

Et côté vin ?
Évidemment, je suis extrêmement vins de Bourgogne ! Je ne suis pas loin de Montigny, de Givry, de Buxy, très près de la côte chalonnaise et j’aime bien jusqu’au côte de Nuits où là, on tape dans l’excellence ! Cette région est incroyable.

Le dernier restaurant où vous ayez dîné ?
Chez Frédéric Doucet, à Charolles. C’est un gars que j’aime bien. Il vient d’attraper une 2e étoile. Ça commence à faire beaucoup d’étoilés dans la région : il y a Cédric Burtin à Chalon-sur-Saône, qui est formidable aussi ; Lionel Chapuis à Tournus… Frédéric Doucet a le restaurant gastro, et un côté plus bistrot, plus abordable, vachement bien aussi !

Dans quels moments prenez-vous une seconde pour apprécier et vous dire « Ici, maintenant, je suis exactement à la bonne place ? »
Honnêtement ? C’est quand je suis chez moi, au milieu des collines, des pâturages, des champs… dans cette région qui est magnifique. Quand vous prenez un peu de hauteur au mont Saint-Vincent, vous surplombez toute la Saône-et-Loire et vous voyez ces prairies s’étaler à l’infini. On peut aperçevoir le mont Blanc, de chez moi, c’est hallucinant. Je suis heureux ici, parce que je suis un contemplatif. Je me contenterais de regarder, d’écouter… Je suis très sensible à la nature. J’aime bien la ville aussi, et j’ai la chance de vivre les deux.

À quoi une journée hors scène ou caméra ressemble-t-elle ?
À une journée en Bourgogne, à me promener avec mes chiens. Je pars longtemps, loin. Je déjeune avec un copain… des gens de la région, pas forcément du métier. Je ne fréquente pas spécialement le monde dans lequel je travaille. Je ne suis pas mondain, disons. Quand je suis invité à des événements, j’y vais avec plaisir, mais je ne vais pas courir après. C’est un équilibre intéressant.

Venons-en à l’artistique. L’Âge bête, écrit et mis en scène par Olivier Baroux, votre complice de toujours. A-t-il pris soin de composer un rôle sur mesure ?
On lui a dit qu’on avait envie d’être sur scène, pas pour une pièce de théâtre mais pour un spectacle. Il a sorti rapidement une trame, des idées, des sketchs, et tout de suite, ça a collé. C’est l’histoire de deux adultes qui se rencontrent tard et se découvrent l’un l’autre. C’est un vieux couple… tout jeune ! Ils tombent amoureux et vivent leur âge bête à 60 ans. Ça permet tout, en même temps ça empêche tout, ils n’ont plus l’âge de faire n’importe quoi. Je pense que vous allez rire, vraiment. Et ça concerne tout le monde, on se reconnaîtra tous même si l’on n’a pas 60 ans !

Êtes-vous aussi libre à 62 ans qu’à 25 ?
J’ai toujours été très libre dans ma tête. Parfois un peu en roue libre ! L’expérience de mon métier me permet d’être moins angoissé à l’idée de monter sur scène ou de jouer. Je suis président de la République quand même, dans Baron noir ! J’ai l’impression que je suis libre de tout faire. À 20, 30 ans, j’étais un débutant.

Qu’avez-vous d’autre en commun que l’âge avec votre personnage ?
La mauvaise foi ?! L’humanité, aussi. C’est quelqu’un qui aime les gens, qui que ce soit. J’ai été élevé dans ce modèle-là.

Michèle Laroque comme partenaire de scène, c’était une évidence ?
Il coulait de source. Elle a été ma première actrice dans mon premier film [Monsieur papa]. J’ai été son premier fiancé dans son premier film [Brillantissime]. On a toujours été un couple, c’est drôle ! Quand vous vous entendez bien avec quelqu’un, vous dites : on prolongerait bien le plaisir… Avec ce spectacle, on voulait faire de grandes salles. Notamment le Spot, à Mâcon. Les gens ont envie de nous voir en vrai, à force qu’on leur parle d’intelligence artificielle et de robots ! Michèle est une artiste que les Français aiment, je pense que je ne suis pas trop mauvais non plus… Aller faire le tour du public, c’est important.

Y a-t-il un personnage que vous auriez aimé incarner, lequel et pourquoi ?
Plus jeune, j’aurais voulu jouer Coluche. Il m’a beaucoup marqué. Au moment où il y a eu ce projet de film, j’ai été assez jaloux de ne pas être ce Coluche-là. J’avais une grande passion pour l’homme… que je n’ai jamais rencontré. Je l’ai toujours trouvé tellement drôle, attachant, libre. Ne serait-ce que les Restos du coeur, où je vais régulièrement. J’ai été très ému quand il est mort. Ça m’a bouleversé. Je ressentais ce gars-là comme un copain. Je me sens proche de ses valeurs. Sinon pour un biopic, un chanteur, ça me plairait bien !

L’art est-il la seule option, pour aujourd’hui et demain ?
Je me suis déjà posé la question. Si demain on ne veut plus de moi, si demain on me chasse en disant « Tu ne fais plus rire personne, tu n’émeus plus personne »… je me tournerais sûrement vers la terre. J’essaierais de devenir un vrai éleveur, de rester près des animaux et de la nature. Je deviendrais en première activité : exploitant agricole.

L’Âge bête
• Vendredi 27 novembre, à 20 h au Spot de Mâcon (51 à 74 €)
• Dimanche 7 février, à 18 h à Ainterexpo à Bourg (53 à 77 €)

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