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Le Crescent : 30 ans de jazz dans l’esprit de Saint-Germain-des-Prés

2019 bressat quintet

Tout est histoire de rencontres. Celle du Crescent n’échappe pas à la règle. Durant tout février, ce creuset du jazz fête ses 30 ans de liberté.

1994, Lyon. Neuf musiciens fraîchement sortis du conservatoire, libres, rebelles et fous de jazz, rêvent de transformer leur addictive passion en professionnalisme. Incompris, ils sont repoussés hors des murs de tous les lieux musicaux de la Capitale des Gaules. Dans ce nonet naissant qui deviendra naturellement plus tard le célèbre Collectif MU, ivre d’impros, de création, de jams, trois Mâconnais, Éric Prost, François Sarrien et François Gallix. L’éclair de génie viendra de ce dernier. Le contrebassiste demande à son père s’il veut bien leur ouvrir les deux caves de sa maison, sises 83 rue Rambuteau à Mâcon. Dominique le papa, amoureux du jazz, leur ouvre immédiatement ses portes, son coeur et ses bras ne donnant qu’une seule consigne : « N’oubliez pas que c’est une maison d’habitation ! » Le trio se remonte les manches. Qu’importe si le lieu se trouve dans un état piteux. Trois planches posées sur la boue, six clous et une ampoule électrique suffisent à leur bonheur. Six mois plus tard, à l’octobre 94, ils disposent d’un lieu certes minuscule, mais où ils peuvent répéter à leur guise. Les jams avec leurs potes s’enchaînent jour et nuit, 20 h sur 24. Sans le vouloir, MU éclot de leurs sets passionnés.

Mais l’aventure se concrétise lors d’une virée de mémoire « épique et picaresque » à Paris. Ils rencontrent le batteur Simon Goubert qui scelle d’une phrase leur destin. « Oubliez tout de suite le disque, montez plutôt un club, ce sera plus utile pour tout le monde. » Vinyle et heures en studio sont remplacés par un gigantesque chantier, truelle et marteau en mains. Six mois d’ouvrage avec en boucle la face A de Love Supreme de John Coltrane. Naturellement Le Crescent, du nom d’un de ses albums, apparaît comme une évidence. Le 17 février 1995, l’éponyme club de jazz de Mâcon ouvre ses caves, d’un côté la scène, de l’autre le bar, avec en guest star le pianiste Alain Jean-Marie. Un week-end de folie sur les traces de Coltrane, Monk, Mingus, Miles. « Nous avons vécu au club avec un esprit de résistance et avons réussi à défendre des idées musicales » racontera quelques années plus tard François Gallix. Entre Collectif MU (les 9 musicos sur scène sont serrés comme des sardines en boîte), la naissance du festival Hors des murs, les stages d’élèves, la rue Rambuteau se révèle trop exiguë au bout de 18 ans de vie dans l’esprit de Saint-Germain-des-Prés. En 2014, le Crescent s’ancre place Saint-Pierre dans cet écrin voûté de pierres à la dimension de ses ambitions, en taille XXL, devenant une des plus belles caves à jazz de France. Les pionniers du Crescent sont devenus pros. En une décennie, 700 concerts et spectacles ont été programmés, 80 000 entrées, 125 groupes en résidence et une vingtaine d’albums enregistrés sur scène. Le Crescent tourne aujourd’hui à 80 dates par saison contre 40 rue Rambuteau (hors festivals toujours), soit 800 concerts en 20 ans, enivrant des milliers d’amoureux du jazz.

Au programme

Février, avec 3 à 4 événements par semaine, est entièrement consacré aux 30 ans. Une expo photo de Marc Bonnetain, salle François-Martin, retrace l’histoire du Crescent depuis fin janvier. Avant que le 4tet Crescent ne lance les festivités. Jeudi 20 février, la rue Rambuteau rouvrira ses portes pour un concert exceptionnel, intervention au collège Pasteur, dans les commerces de Mâcon, soirée à la Cave à musique et final en apothéose par le bassiste camerounais Étienne Mbappé & The Prophets.

Le Collectif MU en haut de l’affiche

Le MU à l’origine du Crescent joue sur les traces de John Coltrane, Thelonius Monk, Art Blakey, Charles Mingus. En 1995, à sa création, le nonet se compose de François Gallix et Clovis Nicolas (contrebasse), Éric Prost, David Sauzay, Gaël Horellou (sax), Philippe Garcia, Laurent Sarrien (batterie), Laurent Courthaliac (piano), Jean-Loup Bonneton (guitare). 1995, année de l’ouverture de la boîte à jazz des bords de Saône, MU remporte le 1er prix du concours international du festival de jazz de Vienne. L’année suivante, le collectif décroche au concours national de jazz de La Défense le premier prix de composition. 1998, le Collectif MU s’arrête pour de nouvelles aventures individuelles ou collectives. Dans le même temps, les musiciens confient la gestion du Crescent à une équipe de bénévoles qui sera renforcée au début des années 2000 par des salariés, comme cela reste le cas aujourd’hui.

Programme complet : www.lecrescent.net

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