C’est un travail qui se mue souvent en une véritable passion. Immersion aux côtés des généalogistes et de l’équipe qui les guide.
24. C’est, en kilomètres, la longueur des étagères emplies des documents, tous supports confondus, constituant les Archives départementales de Saône-et-Loire. Tout un pan d’Histoire, du Moyen Âge à nos jours, mis à la disposition des habitants… Une mine d’or pour les généalogistes qui, avec l’aide de l’équipe, remontent le fil de leur histoire. Rencontre avec Cécile Mariotte, responsable du service des publics des Archives, Virginie Plantade, responsable de la salle de consultation et Dominique Beyries, tombée par hasard dans la généalogie et depuis passée maître dans l’art des recherches.
« Il n’y a pas d’ordinateur magique ! »
L’ambiance est studieuse, dans la salle de lecture. Cinq personnes sont installées ce jour-là, chacune affairée au décryptage des documents devant elle. Toutes ont, en amont, pu compter sur les précieux conseils de l’équipe, qui accompagne et oriente vers les bons fonds. « Il n’y a pas d’ordinateur magique qui, sur la base d’un nom, vous donne la liste des résultats afférents ! » C’est affaire de patience, sans garantie d’avoir toujours la réponse à ses questions. Si l’état civil (recensant les actes de naissance, de mariage et de décès), numérisé jusqu’en 1902, permet de remonter quelques générations, la suite incombe au requérant selon les pistes qu’il souhaite explorer – ou celles dont il dispose. « Ce peut être un acte notarié, un recensement militaire, une demande de naturalisation, ou un dossier de carrière… » Les biais sont nombreux, et les raisons aussi diverses qu’il y a de personnes lancées sur les traces de leurs aïeux. « C’est un travail qui prend du temps. Les personnes qui font cette démarche sont souvent retraitées. » Souvent aussi, elles n’imaginent pas se lancer dans une telle aventure. « Elles commencent à faire leur arbre généalogique, puis vont plus loin sur la base d’une découverte ou d’une anecdote qui ouvre la porte à d’autres recherches. »
Un travail de fond(s)
Les Archives sont composées dans leur grande majorité de documents publics issus des administrations et tribunaux. « Il peut s’agir aussi de dons privés, de particuliers, associations et entreprises », que les services des Archives recueillent, traitent et intègrent aux collections. Ces archives servent tantôt à justifier de droits ou attester de faits, la somme de documents collectés constituant la mémoire fiable – puisque consignée d’époque – de l’Histoire. « Tout document reçu aux Archives est classé, inventorié, parfois numérisé et diffusé. Certains fonds peuvent faire l’objet d’une valorisation particulière, notamment lors d’expositions thématiques. » De par leur nature, les Archives sont vouées à un accroissement éternel : « Nous prenons environ 400 mètres par an ! » Une augmentation contrebalancée par le développement des archives numériques, qui tendront à se généraliser dans les prochaines années.
Un travail de détective
Au fond de la salle, Dominique Beyries est à sa table. À côté d’elle trônent un appareil – à l’aide duquel elle capture chaque page des documents consultés – et un dossier épais comme trois encyclopédies. Dominique est une habituée des lieux. Installée dans le Sud de la France, elle prévoit régulièrement des visites à Mâcon, où elle réserve un mois entier à l’avancement de ses recherches, sur sa famille originaire de Saône-et-Loire.

« Ça a démarré en 2011. Des tombes de ma famille allaient être relevées. Mais je ne savais pas du tout qui était dedans… » Un point de départ, concordant avec celui en retraite de cette habitante de La Ciotat qui, depuis, mène ses recherches. « J’ai mis le doigt d’abord, puis tout le bras ! » reconnaît la passionnée, saluant au passage « la compétence et la gentillesse du personnel ». Notamment à ses débuts en informatique et dans l’univers très codifié des Archives. Pas découragée pour autant, Dominique se forme tour à tour en informatique et en paléographie pour mieux maîtriser l’outil et décrypter correctement les documents consultés. « C’est un travail de détective. » De mémoire aussi. Et un vrai plaisir que de partager ses trouvailles avec d’autres. « Même s’il y en a beaucoup qui n’aiment pas partager le fruit de leurs recherches : trop facile… Je pense au contraire que l’on fait ça pour transmettre. » Aussi Dominique prend-elle soin de publier ses nombreuses photos en ligne – sur différents sites spécialisés – au cas où elles puissent servir à d’autres. Elle est remontée jusqu’en 1480 et a eu la surprise de se trouver des attaches communes avec les seigneurs de Brancion. Également d’avoir eu des ancêtres dans la garde rapprochée de Napoléon… « J’ai deux ancêtres marchands qui ont été assassinés, une autre qui a été mordue par un chien enragé alors qu’elle était enceinte. » Que de parcours de vie insoupçonnés que Dominique consigne avec la satisfaction d’être allée chaque fois un peu plus loin. Même s’il est des découvertes dont elle se passerait bien. Comme ce grand-père, ancien soldat de la Première Guerre mondiale et fervent défenseur de Pétain. « Mon oncle et ma mère, eux, ont été dans la Résistance, et lui ne les a jamais dénoncés. » Le temps de sa présence à Mâcon, Dominique raye un à un les points de recherche notés au préalable. « L’objectif est d’arriver au bout de la liste. » Chaque journée commence à 8 h 30 et est organisée selon un programme défini. « Il faut être carré, mais garder une notion de plaisir. On ne fait pas ce genre de chose sans plaisir ! » À 76 ans, elle n’en a pas fini. Et continue de fouiller, génération après génération, ce qui fait l’histoire de son monde. Invitant quiconque se lance à se rapprocher du service des Archives, mais également d’associations spécialisées, comme le Cercle généalogique de Saône-et-Loire. Parce qu’ensemble, on va plus loin, paraît-il.
Archives départementales de Saône-et-Loire
Place des Carmélites, à Mâcon
03 85 21 00 76 – www.archives71.fr
Cercle généalogique de Saône-et-Loire
78, rue des Épinoches à Mâcon
03 85 38 95 51 – www.cgsl.fr