Si, comme le mien, votre petit doigt vous avait dit un jour que jamais vous n’iriez à Bourgvilain, il est désormais temps de lui donner tort. Le cheveu au vent et le soleil au zénith sur la nationale 79 – comme s’il s’agissait de la 66 -, ne ratez pas la sortie. Comme le dit l’adage trop méconnu, on est toujours à un coup de clignotant de manger des ris de veau.
Avec vue sur la façade décorée du restaurant, sur son double escalier marquant l’entrée et sur l’église voisine, la terrasse a tout du petit coin bucolique où déjeuner dans la quiétude. La météo nous pousse parfois à l’intérieur – comme cette fin mai, date à laquelle a été réalisé le reportage -, et c’est tant mieux. Deux petites salles très mignonnes et ornées de quelques toiles rigolotes nous attendent, installant d’emblée la chaleur inimitable de ces petites maisons de campagne que l’on apprécie bien. Si ce restaurant accueillait déjà des diligences il y a plus d’un siècle, on semble presque deviner les histoires de voyageurs qui se contaient d’une table à l’autre pendant le repas.
Passons à table
Une belle gougère bien gourmande, un verre de Pouilly-Fuissé, quelques frivolités agréables et les assiettes arrivent déjà. Sans connaître encore tout à fait le chef, il est facile de sentir qu’entre originalité et classicisme, son cœur balance. Ici, pas de tremblement de terre, mais des associations qui fonctionnent, qu’on les soupçonne ou non. En trois déclinaisons, le saumon est notamment servi fumé, trouvant dans la glace à la moutarde une alter ego qui semblait lui avoir toujours manqué. Un parfait équilibre de fraîcheur, de puissance aromatique, de rondeur et de douceur qui donnerait presque envie de ne plus manger de saumon autrement. Les Saint-Jacques très dorées voient ensuite se côtoyer orange et patate douce dans un ton sur ton salivant pour les amateurs de sucré-salé. Spécialité de la maison, les ris de veau sont eux très classiques, servis croustillants avec un jus réduit et quelques légumes. Et puis après tout, peut-on raisonnablement attendre de chaque assiette qu’elle nous plonge dans une course effrénée vers de fous horizons faits de surprises exotiques à l’aube de saisons inexplorées par des printemps pluvieux ? Je ne crois pas. Comme sorti des Alpes pour venir nous faire un coucou, le Mont Blanc est enfin retravaillé par le chef dans une coque de meringue, servi avec une glace aux marrons et rafraîchi par une légère pointe de yuzu.
Un déjeuner réconfortant, rythmé par un service discret et agréable, dépourvu des artifices que l’on apprécierait à la ville. Une carte des vins courte et efficace, des prix tout doux, un cadre agréable et une cuisine franche et goûteuse… Tout ce qu’il faut pour une étape gourmande sur la route des vacances. Direction l’Atlantique ? Vous n’êtes plus à deux heures près.
110, route des Enceints 71520 Bourgvilain
03 85 50 81 73 – aubergelarochette.com
Du mardi au dimanche midi
Menus de 33 à 47 € – À la carte : 38,50 € à 67,50 € – Carte des vins de 26 à 190 €